Les « Dix de fer » de Gonzalo Suárez

2016-02-28_11h06_59

Mon impatience d’alors me poussa à proclamer que je ferais « dix films de fer » en réponse à la médiocrité d’un cinéma espagnol dont les tristes effluves empêchaient de s’émanciper de la morne réalité.

Avec Faust et Aoom je volai au-dessus du nid de coucou. La caméra à la main, sans scénario, improvisant chaque jour, je fustigeai l’écran à coups de pinceau, à la manière du peintre impressionniste qui poursuit l’éclat de l’instant. Probablement ce n’étaient pas des films, mais bien des bribes d’un cinéma impossible, hors de toute norme, qui mettaient en évidence l’impudeur et la joie de tourner.
Je me souviens qu’en plein tournage de Faust (1969) l’on décréta l’Etat d’Exception. Défiant le couvre-feu et le sens commun, nous éclairâmes insolemment une terrasse d’où l’on dominait la ville. Je sautai par les toits, entre les cheminées. Rien ne pouvait se comparer à la sensation de fronder impunément la sordidité franquiste sans autres armes qu’une caméra et la force de l’imagination.

Gonzalo Suárez

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