Historicité et mémoire du franquisme : du NO-DO à Canciones para después de una guerra

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1) NO-DO, la voix du pouvoir : un régime anhistorique

Sous le régime franquiste, le cinéma se trouve encadré par les instances officielles. Au-delà de la censure, l’un des outils de cet encadrement, plus spécifique au cinéma documentaire, est le NO-DO, Noticiario Documental (« Jounal documentaire »). Le 29 septembre 1942, un accord de l’organisme contrôlant la presse et la propagande, le Vicesecrétariat de l’Education Populaire du parti unique (Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista, ou FET y de las JONS), établit l’organisation et le fonctionnement de l’entité productrice, éditrice et distributrice NO-DO. La première projection des actualités hebdomadaires, d’une durée moyenne de quinze minutes (pour les trente première éditions) puis de dix, eut lieu le 4 janvier 1943. Le journal perdura jusqu’à la fin du régime franquiste, et quelques années au-delà. Notons que cette entité produisit par ailleurs de nombreux longs et moyens métrages documentaires, parmi lesquels l’on trouve aussi bien des créations originales (et parfois même avant-gardistes1) que des remontages d’actualités déjà présentées dans le journal.

L’institution NO-DO encadre aussi bien la production que la réception cinématographique. Elle assume des fonctions proches de la censure, puisqu’aucun laboratoire n’avait le droit de développer de reportages n’ayant pas été tournés par ses opérateurs, et que les autres commandes concernant des matériaux de ce type devaient être soumises à l’accord de son directeur. En vertu du décret du 17 décembre 1942, cet organisme, qui possède le monopole de la production d’actualités filmées, est aussi le seul habilité à échanger ce type de documents avec les pays étrangers2. Cette même loi rendait obligatoire la projection du journal dans toutes les salles nationales ainsi que dans les possessions et colonies : comme le disait Domenece Font, le spectateur « entre dans une salle de cinéma et se voit obligé à lever le bras3 ». Cette ubiquité fut relativisée par la fin du régime marquée par la mort de Franco : à partir du 1er janvier 1976, la diffusion du Noticiario devient facultative. Cependant, le choix du NO-DO s’impose encore bien souvent aux exploitants, du fait de son prix de location dérisoire en regard des autres compléments de programme (courts-métrages, films documentaires ou d’animation)4. La production de ces actualités se poursuivra jusqu’à la mille-neuf-cent-soixante-sixième édition, le 25 mai 1981, soit six ans après la fin de la dictature.

Au cours de ses trente-huit années d’existence, outre l’adoption progressive de la couleur, l’évolution esthétique et thématique du journal est assez minime : cela est assez frappant si l’on compare le premier numéro au mille-sept-cent-soixante-sixième (1766-B, 29/11/76), qui montre les funérailles de Franco. Entre ces deux éditions le temps ne semble pas avoir passé. C’est sur le plan sonore que la fixité est le plus marquée. Ces actualités se caractérisent, comme il est de coutume pour ce type de production audiovisuelle, par l’omniprésence de la voix-off jointe à une musique entraînante (orchestrale aux tonalités folkloriques en premier lieu, faisant place au gré de la mode aux rythmes pop ou jazzy), ne laissant pas un moment de silence ni donc de recul : le son nous emporte dans le mouvement irréfrénable des images, tout en s’affirmant comme la vérité immobile de ce qui est vu. C’est seulement à partir des années soixante que, de façon encore exceptionnelle, certains discours (autres que ceux de Franco – nous y reviendrons) et interviews5 rompent cette trame monotone. Les sujets sont eux aussi conformes au genre : le NO-DO couvre ainsi les actualités nationales et internationales, les événements politiques, scientifiques, sportifs ou artistiques. Il s’agit, comme l’énonce le slogan, de mettre « le monde entier à la portée des espagnols ». Bien que, dans les premiers temps, certaines sections se démarquent par la nature quelque peu tendancieuse de leurs intitulés (« Lucha contra el comunismo », consacrée aux actualités du front de l’Est), il s’agit, après la victoire, et donc à l’inverse du précédent Noticiario Español (1938-1941) qui était un instrument de lutte anti-républicaine, de mettre l’accent sur l’information plutôt que sur la propagande virulente6. En temps de paix, le NO-DO adopte une stratégie objectiviste, se voulant plus neutre pour être plus neutralisant.

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Práctica filmica y vanguardia artística en España 1925-1981 (1983) – Eugeni Bonet / Manuel Palacio

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Al Hollywood madrileño, Nemesio Sobrevila (1927)

En guise d’introduction et de manifeste, nous inaugurons notre site et notre bibliothèque par ce livre fondamental d’Eugeni Bonet et Manuel Palacio : http://e-archivo.uc3m.es/bitstream/handle/10016/11433/Practica%20filmica.pdf?sequence=1