Cabezas cortadas (1970) – Glauber Rocha

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Entretien avec Oriol Canals à propos de son film documentaire Sombras (Les ombres, 2009)

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Sélectionné dans la programmation ACID (l’association pour le cinéma indépendant et sa diffusion) à Cannes, Sombras (2009) est le premier film d’Oriol Canals, un réalisateur d’origine catalane qui habite à Paris actuellement et qui a longtemps partagé sa vie entre l’Espagne et la France. Montré et remarqué dans de nombreux festivals internationaux tels que DocLisboa (Portugal), cette production franco-espagnole a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival international du film Quintessence à Ouidah (Bénin) en janvier 2010 et la mention spéciale du jury au festival ibéro-américain CINESUL à Rio de Janeiro (Brésil).

Alors que dans le cinéma français, nous avions vu apparaître des films comme La blessure (2004) de Nicolas Klotz et Nous irons vivre ailleurs (2013) de Nicolas Karolszyk, le cinéma espagnol n’avait pas traité cette question contemporaine et lancinante de la migration clandestine d’origine africaine, depuis les années 1990 avec le film Las cartas de Alou (1990) du cinéaste basque Montxo Armendáriz, l’auteur de films à succès comme Historias del Kronen (1994) et Secretos del corazón (1997). 

C’est grâce au courage et à la détermination d’Oriol Canals que le documentaire Sombras (Les Ombres, 2009) a vu le jour en 2008, juste au début de la crise économique qui a frappé l’Espagne de plein fouet.

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« Las cartas de Alou » (1990) de Montxo Armendáriz

Las cartas de Alou racontait l’histoire d’un sénégalais qui entre clandestinement en Espagne et se voit obligé à travailler dans des conditions très précaires – les serres d’Almeria, les récoltes des fruits au Segrià (dans la région de Lérida), etc. – à cause de sa situation d’illégalité. Grâce aux lettres qu’il envoie à sa famille, nous prenons connaissance de ses expériences et sentiments dans ce difficile processus d’intégration dans la société espagnole.

Sombras nous montre, de manière aussi « réaliste » et sans concessions que Las cartas de Aloula situation de précarité dans laquelle vivent les clandestins, en utilisant le motif de la « lettre », sauf qu’à la différence du film de Montxo Armendáriz, ces lettres que les migrants adressent à leurs familles ne sont pas écrites, mais filmées. De plus, le réalisateur catalan choisit la forme documentaire, et pas le récit fictionnel – à l’exception d’une petite pièce de théâtre qui apparaît au milieu du film – pour dépeindre une « réalité crue » d’une manière différente de celle à laquelle nous ont habitués les médias ; et à travers une bande-son et une mise en scène d’une forte puissance poétique.

Nous vous invitons à jeter un coup d’oeil à notre galerie d’images : https://arrebato.wordpress.com/2016/02/08/sombras-2009-oriol-canals/

 

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« Sombras » (2009) d’Oriol Canals

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Les « Dix de fer » de Gonzalo Suárez

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Mon impatience d’alors me poussa à proclamer que je ferais « dix films de fer » en réponse à la médiocrité d’un cinéma espagnol dont les tristes effluves empêchaient de s’émanciper de la morne réalité.

Avec Faust et Aoom je volai au-dessus du nid de coucou. La caméra à la main, sans scénario, improvisant chaque jour, je fustigeai l’écran à coups de pinceau, à la manière du peintre impressionniste qui poursuit l’éclat de l’instant. Probablement ce n’étaient pas des films, mais bien des bribes d’un cinéma impossible, hors de toute norme, qui mettaient en évidence l’impudeur et la joie de tourner.
Je me souviens qu’en plein tournage de Faust (1969) l’on décréta l’Etat d’Exception. Défiant le couvre-feu et le sens commun, nous éclairâmes insolemment une terrasse d’où l’on dominait la ville. Je sautai par les toits, entre les cheminées. Rien ne pouvait se comparer à la sensation de fronder impunément la sordidité franquiste sans autres armes qu’une caméra et la force de l’imagination.

Gonzalo Suárez